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Le rapport sur le glyphosate : aucun changement important en gestion forestière

Territoire traditionnel des Wabanaki/Fredericton – Le Conseil de conservation du Nouveau-Brunswick estime que, dans le nouveau rapport sur l’utilisation du glyphosate au Nouveau-Brunswick, on a raté une occasion idéale de répondre aux exigences de la majorité des citoyens de mettre fin à la pulvérisation de ce produit sur les forêts domaniales. 

Le Comité permanent des changements climatiques et de l’intendance de l’environnement a déposé son rapport le 2 novembre 2021. Il y résume les mémoires et présentations de juin et de septembre des groupes conservationnistes et de citoyens, des scientifiques, des meneurs autochtones et des secteurs de l’agriculture et de la foresterie et formule 20 recommandations à l’attention de l’Assemblée législative et du gouvernement Higgs. 

« Si vous cherchez un revirement net de la façon dont nous gérons nos forêts domaniales, ce n’est pas dans ce rapport que vous le trouverez », de dire Lois Corbett, directrice exécutive du Conseil de conservation. « Nous avons, par contre, obtenu quelques adoucissements et courbes qui, si nous les empruntons, nous amèneront un peu plus vers une foresterie écologique, plutôt que des coupes à blanc tous azimuts, vers une nature mieux protégée par la loi et des zones-tampons aquatiques plus vastes. » 

Mme Corbett se dit déçue que le comité n’ait pas su recommander l’arrêt de la pulvérisation du glyphosate sur les forêts domaniales, ce que 76 % des Néo-Brunswickois avaient demandé lors d’un sondage mené en septembre 2020. En 2016, plus de 35 000 citoyens ont signé une pétition Stop Spraying New Brunswick visant à interdire le glyphosate dans les forêts, la plus grande pétition jamais déposée à l’Assemblée législative de la province. 

Le comité a également omis de recommander que les contribuables ne financent plus les programmes de sylviculture des grandes sociétés forestière, notamment la pulvérisation, dont la Vérificatrice générale a déterminé dans son rapport de 2015 les coûts pour les contribuables, soit environ 29 millions de dollars par an. Jason Killam disait, dans son témoignage devant le comité le 21 septembre, que son entreprise, JDI Limited, reçoit de 500 000 $ jusqu’à 800 000 $ par an pour procéder à des pulvérisations sur les forêts domaniales que la société Irving contrôle. 

Le rapport comporte des recommandations qui, si elles sont mises en œuvre, pourraient offrir de meilleures protections des forêts, interdire la pulvérisation dans les bassins hydrographiques où les municipalités prennent leur eau potable, élargir les zones interdites de pulvérisation à partir des résidences des citoyens, des terres humides, des rivières et cours d’eau et améliorer la surveillance, les mesures d’exécution de la loi et la transparence publique concernant la pulvérisation.

En ce qui a trait à la gestion des forêts, les recommandations portaient notamment sur ce qui suit : 

  • dans un délai d’un an, mener une étude coûts-avantages comparant les pratiques actuelles, notamment la pulvérisation aérienne, avec les méthodes de rechange comme l’éclaircissement manuel; 
  • mettre en œuvre une combinaison de zones de foresterie écologique et de nouvelles aires naturelles protégées pour garantir que le reste des boisés de feuillus et des forêts mixtes du Nouveau-Brunswick ne soit pas transformé en plantations de résineux; 
  • veiller à ce que les zones naturelles protégées soient interconnectées afin de protéger une plus grande diversité de plantes et d’habitats fauniques dans la forêt.

Recommandations concernant les nouvelles interdictions et les zones sans pulvérisation : 

  • porter de 500 mètres à un kilomètre la distance à partir de laquelle on peut pulvériser du glyphosate par hélicoptère près des résidences; 
  • exiger une zone-tampon de pulvérisation de 100 mètres à partir des aires naturelles protégées et une zone-tampon minimum de 100 mètres à partir des eaux, des terres humides et des terrains à relief escarpé; 
  • interdire la pulvérisation dans les zones où se trouvent les réserves d’eau potable municipales; 
  • faire en sorte que le ministre des Ressources naturelles et de l’Énergie demande à Énergie NB de commencer immédiatement l’élimination de la pulvérisation du glyphosate sous les lignes de transport. 

En ce qui a trait aux recommandations concernant l’amélioration des sciences, de la surveillance et des mesures d’application de la loi, mentionnons : 

  • que l’on nomme un agent législatif pour superviser les terres et les eaux domaniales, et le doter d’un budget approprié à compter de l’an prochain; 
  • que le ministère des Ressources naturelles, en partenariat avec les établissements d’enseignement et les organisations non gouvernementales, étudie les effets de la pulvérisation forestière sur la faune et les aliments et médicaments autochtones; 
  • que le gouvernement du Nouveau-Brunswick demande que Santé Canada évalue aux cinq ans le glyphosate au moyen de recherches menées au Nouveau-Brunswick;
  • que le ministère de l’Environnement introduise un programme d’échantillonnage et de tests de routine sur la présence de glyphosate et des composants connexes dans l’eau et les sédiments près des sites de pulvérisation et que les résultats fassent l’objet d’un rapport annuel; 
  • dans les six mois du rapport, que le ministère des Ressources naturelles crée un tableau de bord public sur tous les aspects de la gestion des forêts domaniales, y compris la pulvérisation de glyphosate et les ententes de gestion forestière. 

S’il est donné suite aux recommandations, cela pourrait rapprocher le Nouveau-Brunswick de pratiques forestières écologiques et protéger théoriquement la santé humaine et l’eau en réduisant certains risques d’exposition. D’après Mme Corbett, le test véritable est la mesure dans laquelle les ministres et les ministères agiront rapidement et efficacement pour prendre des mesures d’intervention. 

« Dans certaines des recommandations, la formulation est suffisamment générale pour que les ministres Holland et Crossman ne fassent absolument rien ou fassent ce qu’il faut, » de dire Mme Corbett. « Par exemple, le ministre Holland pourrait immédiatement envoyer au ministère de l’Environnement les nouvelles ententes de gestion forestière quinquennales conclues avec les grandes entreprises, à des fins d’examen en vertu de la réglementation sur l’évaluation d’impact environnemental. » 

Contexte

Dans son exposé au comité en juin, Mme Corbett disait que la pulvérisation du glyphosate n’est qu’un symptôme d’un problème plus vastes dans les boisés du Nouveau-Brunswick, à savoir un système désuet de gestion des terres domaniales. En plus de l’interdiction de la pulvérisation du glyphosate, elle a préconisé la mise à jour d’une loi vieille de 30 ans, la Loi sur les terres et forêts de la Couronne, en insistant notamment sur la protection de la nature et l’équité pour les propriétaires de boisés privés et les Premières Nations. 

Le Québec a interdit le glyphosate dans ses forêts en 2001, à la suite de consultations publiques, en raison des préoccupations croissantes concernant ses effets sur la santé des gens. Après une décennie de travaux d’éclaircissement manuel dans ces forêt, Thiffault et Roy, dans leur rapport publié en 2001 et intitulé Living without herbicides in Québec (Canada): historical context, current strategy, research and challenges in forest vegetation management, concluaient que l’approche d’éclaircissement manuel en sylviculture était un « atout dans la mise en œuvre d’une gestion fondée sur l’écosystème ».

En 2016, le médecin hygiéniste en chef, dans son Plan d’action sur le glyphosate, concluait que le Nouveau-Brunswick utilise plus de glyphosate par hectare de forêt récoltée que toute autre province du Canada, car 40 % des coupes sur les terres forestières du Nouveau-Brunswick en 2014 étaient traitées au glyphosate, comparativement à 28 % en Ontario, 21 % en Alberta, 18 % au Manitoba et 11 % en Nouvelle-Écosse. Selon l’auteur du rapport, la foresterie intervient pour 61 % de l’utilisation globale du glyphosate au Nouveau-Brunswick, suivie par les usages industriels à 27 % et l’agriculture à 11 %. 

Selon des articles scientifiques récents examinés en comités de lecture, le glyphosate affecte davantage la santé des plantes, de la faune et des gens que ne l’affirment les utilisateurs industriels et l’industrie chimique. Mentionnons notamment : 

  • Dans leur article de septembre 2020 intitulé The impact and toxicity of glyphosate and glyphosate-based herbicides on health and immunity, Cindy Peillex et Martin Pelletier concluaient que le glyphosate a des effets cytotoxiques (toxiques pour les cellules vivantes) et génotoxiques (endommageant l’ADN) chez les personnes, provoque de l’inflammation et perturbe les fonctions du système immunitaire. 
  • N. Button, J.L. Wood et J.R. Werner, dans leur communication d’août 2021 intitulée Glyphosate remains in forest plant tissues for a decade or more, concluaient notamment que le glyphosate demeurait présent dans les framboises et les bleuets à des concentrations dépassant parfois les limites maximales recommandées pour la consommation humaine. 
  • Dans une série de documents de recherche pilotés par une équipe de l’Université McGill et dont faisait état un article de septembre 2021 sous le titre Freshwater ecosystems at risk due to glyphosate use, on concluait que même à des très faibles concentrations, le glyphosate peut perturber le plancton, qui est le fondement de la chaîne alimentaire dans les écosystèmes dulçaquicoles, selon les lignes directrices nord-américaines actuelles sur la qualité de l’eau. 

Pour organiser une entrevue, communiquer avec : Jon MacNeill, directeur des communications | jon.macneill@conservationcouncil.ca | 506-238-3539

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